Spec Ops : The Line

Note de la rédac 7.0
Note internautes 8.3 135 vote(s)
Bon
Les + :

Montée en puissance de la violence
Bande-son impeccable
Décors travaillés, panoramas superbes
Choix moraux
De bonnes idées de gameplay...

Les - :

... pas exploitées à fond
Solo court
Dirigiste et étroit
Réalisation moyenne

Vidéo-Test de Spec Ops : The Line, Apocalypse Now au pays du pétrole

Après un premier aperçu convaincant, Spec Ops The Line passe le crash-Test avec succès, sans péter non plus tous les records.

Avec Spec Ops The Line, 2K et les berlinois de Yager ne font pas que dépoussiérer une vieille licence morte et enterrée depuis près de dix ans ; ils mettent également le pied dans un genre saturé en se démarquant des pontes avec une approche singulière du Third Person Shooter. Le studio a en effet opté pour des mécaniques de jeu on ne peut plus classiques pour focaliser ses efforts sur l’impact physique, psychologique et émotionnel de la violence d’un conflit sur ses intervenants. Un pari osé qui s’avère à moitié payant, le déséquilibre ainsi créé limitant un peu l’intérêt général.

Oh, say, can you seeRetour au sommaire
Spec Ops : The Line
Ecran titre : le drapeau américain est au premier plan, à l’envers et criblé de balles, tandis que l’hymne yankee revu par Jimi Hendrix fait parler ses riffs agressifs en fond sonore. En arrière-plan, les buildings de Dubai semblent ne tenir qu’à un fil. Voici le premier frisson provoqué par un jeu largement perfectible, mais auquel on ne pourra pas reprocher ses efforts côté ambiance. En adaptant plus ou moins le pitch d’Apocalypse Now à un émirat désormais dévasté par des tempêtes de sable, The Line propose une ambiance et une intrigue rafraichissantes pour un genre plus enclin à nous faire blaster des aliens, des russes ou des intégristes musulmans.

Spec Ops : The Line
Ici, l’ennemi est presque insaisissable. L’escadron d’élite des Damnés du 33ème, dirigé par la légende John Konrad, s’est-il rebellé contre l’état-major américain en instituant ses propres règles aux survivants de l’émirat ? Les agents de la très libre CIA sont-ils responsables des évènements meurtriers qui ont poussé les natifs à se rebeller ? Le héros Martin Walker, accompagné du démolisseur Alphonso Adams et du sniper John Lugo, arrive à Dubaï six mois après le début des évènements. Son but ? Trouver n’importe quel signe de vie ; A ce niveau-là, il sera largement servi.

Comme tout bon TPS, Spec Ops dote son héros d’un système de couverture semi-automatique et de pétoires diverses pour se débarrasser de ses adversaires. La petite originalité de The Line vient de son environnement sableux, utilisé de diverses manières dans le gameplay. Alors qu’il est possible de donner un ordre simple à son escouade – tuer tel ennemi, couvrir – tout se brouille lorsqu’une tempête de sable fait son apparition subite. Malheureusement prévues à l’avance, ces scènes dantesques mettent vos alliés, vos ennemis et vous-même dans une situation on ne peut plus précaire. Impossible de viser juste, de courir ou encore de vraiment bien discerner les ennemis qui ne font pas feu : les sensations sont au rendez-vous lors de ces quelques minutes de cohue.

La rengaine de l'espace vitalRetour au sommaire
Spec Ops : The Line
Dans le même temps, le sable peut devenir votre plus précieux allié. Grenade aux pieds d’un ennemi pour l’aveugler avec les grains ainsi projetés, destruction de surfaces ployant sous le poids du sable : Yager a imaginé quelques façons d’utiliser l’environnement pour se donner toutes les chances de progresser. On ne pourra malheureusement que trop rarement profiter à fond de ces bonnes idées. Bien que magnifiques, relativement destructibles et surtout très cohérents dans leur agencement, les décors n’offrent en effet pas suffisamment d’espace de jeu pour que l’utilisation de ces astuces dépassent le cadre du ponctuel.

Spec Ops : The Line
Ce n’est pas une mauvaise idée de faire mourir Walker en seulement quelques balles (sans possibilité de raise, alors que les alliés peuvent être secourus), mais cela limite quand même un peu l’action du joueur, qui se contente quoi qu’il advienne d’aligner les têtes à l’abri derrière un bout de mur. L’action n’est que rarement frénétique avant le dernier tiers, les sensations de tir et la brutalité des impacts pas assez marquées à notre gout. La mécanique de shoot reste fonctionnelle, mais on se rend compte en enchainant les retours checkpoint que l'intransigeance du jeu (peu de munitions, peu de vie) et le manque de souplesse des différentes situations aplanissent quelque peu l’expérience, rendant le solo un poil répétitif durant les deux premiers tiers.

On ne pourra donc compter que sur les quelques choix « moraux » laissés au joueur pour être surpris par un gameplay globalement calqué sur la concurrence. Bien vus quoiqu'assez rares, d’autant que la campagne solo est assez courte (4h au compteur du jeu, au moins six selon le mien, une moitié en hard et l’autre en normal), ces situations n’en sont pas moins tendues et débouchent sur des séquences légèrement différentes suivant l’orientation décidée. On n’éventera pas ici les tenants et aboutissants de ces quelques décisions, mais sachez simplement qu’il sera toujours question de violence.

A History of ViolenceRetour au sommaire
Spec Ops : The Line
On touche là à la principale qualité du titre de 2K. De simple mission de sauvetage, le périple de Walker deviendra une sorte de rite prophétique disséquant l’importance des actes et décisions du soldat sur le champ de bataille. Physiquement, mentalement et psychologiquement, Walker sera marqué par son voyage, tout comme ses deux compères qui ne se garderont pas de commenter les décisions de leur supérieur, et donc celles du joueur. Comme son avatar, le joueur sera éprouvé par les différentes situations rencontrées, impliquant civils ou militaires : le dernier niveau est à ce titre particulièrement marquant.

Spec Ops : The Line
La montée en puissance de la violence se traduit même au sein du gameplay, qui devient plus nerveux sur la fin de l'aventure. Les exécutions au corps à corps deviennent de plus en plus brutales, la relation entre les trois héros délétère. Walker devient, physiquement comme dans ses actes, une sorte de monstre ignoble à la limite de la folie. Bien secondée par une réalisation aux effets lumineux efficaces et un doublage original réussi (Nolan North est à la baguette en VO, la VF s'en tire honorablement), en plus d'une bande originale majoritairement rock de haute volée, l'ambiance reste donc le gros point fort de ce Spec Ops.

Bien que courte, la campagne solo reste un très bon moment pour qui souhaiterait changer ses habitudes de guerre moderne et surtout souffler un peu après l'américanisme primaire des derniers shooters en date. A noter qu'un DLC gratuit offrira, peu après la sortie du jeu, un mode coopération à deux joueurs aux missions variées et légèrement scénarisées, tandis qu'un multijoueur compétitif complet (5 modes, 6 cartes, progression par niveaux, perks à débloquer, armes à améliorer) est également de la partie.

Spec Ops : The Line
Spec Ops : The Line
Spec Ops : The Line
Les panoramas sont sublimes, mais malheureusement pas exploités dans le gameplay du jeu


Voilà de quoi hausser un peu la durée de vie du titre de 2K, même si nous n'avons pas encore pu nous essayer à la version finale de ces deux possibilités. Si l'on en croit la bêta (qui date un peu certes) et notre aperçu de la coop' lors de l'E3, le tout s'annonce suffisamment solide pour scotcher les habitués du genre, sans pour autant les transcender. Malgré la présence des composantes originales du solo, comme les tempêtes de sable, l'espace laissé par les ogres Call of Duty et Battlefield rendra compliquée l'affirmation de The Line comme incontournable du Live. Ce sera en tout cas aux joueurs de trancher.

Hormis sa durée de vie solo décevante, le seul vrai problème de Spec Ops The Line est le grand déséquilibre entre son ambition narrative et le classicisme de ses mécaniques ludiques. Passionnant à suivre sans l’être forcément toujours à jouer, Spec Ops oublie un peu d’exploiter complètement ses quelques bonnes idées de gameplay tout en étouffant le joueur dans des environnements un peu trop étroits, et ce malgré de sublimes panoramas. Ceci étant dit, l’intrigue est touffue et constellée de scènes marquantes, le challenge est au rendez-vous et la montée en puissance de la violence délicieusement palpable. The Line est donc un titre largement recommandable pour qui cherche une expérience immersive unique, même s'il faudra nécessairement passer par la case en ligne (compétitif, coopératif) pour que l'addition ne paraisse pas trop salée.

Vidéo-Test de Spec Ops : The Line
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le 26/06/2012 à 15:06, Maxence
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