Silent Hill : Downpour

Note de la rédac 8.0
Note internautes 8.1 131 vote(s)
Très bon
Les + :

Ambiance
Progression au poil
Des séquences fabuleuses
Monde ouvert / quêtes annexes
Références multiples
Musique, doublages
Décors impressionnants

Les - :

Ralentissements permanents
Réalisation datée
Combats rigides
Beaucoup de bugs
Pas de 5.1

Test de Silent Hill Downpour : le bijou venu de l'Est

Trois ans après Homecoming, Silent Hill revient sur PS3 et Xbox 360 avec un épisode majeur : le Survival est de retour !

On avait quitté Silent Hill lessivé en 2010, à la fin de l’excellent Shattered Memories. Après deux ans passés à s’en remettre, voilà que les tchèques de Vatra Games nous assènent un nouvel opus que n’aurait pas renié la Silent Team japonaise, à l’œuvre sur les quatre premiers épisodes de la série. Silent Hill Downpour est à la fois un brillant retour aux sources et une porte grande ouverte sur l’avenir, un titre majeur qui transcende ses nombreux défauts pour offrir un voyage intimiste d’une rare intensité. Ouf. Le Survival Horror revient enfin au premier plan.

La loi de MurphyRetour au sommaire
Silent Hill : Downpour
La quête spirituelle de Murphy Pendleton, récemment rescapé d’un transfert pénitentiaire, ne pouvait que le conduire à Silent Hill. Entre culpabilité, deuil et rédemption, ce père de famille a un jour franchi la ligne blanche. Downpour nous donnera donc l’occasion de comprendre pourquoi et surtout comment cet homme ordinaire s’est vu offrir un séjour tous frais payés au purgatoire urbain le plus célèbre du jeu vidéo. Les pièces du puzzle se mettent en place à mesure que progresse l’intrigue, mais aussi qu’avance sa découverte de la cité américaine.

Silent Hill : Downpour
L’évolution de l’histoire va en effet de pair avec la prise de possession de Silent Hill, une cité plus ouverte que jamais. Vatra a trouvé le compromis parfait entre monde ouvert à explorer et scénarisation développée, entre dirigisme narratif et liberté ennuyeuse. Cela passe certes par la dizaine de quêtes annexes – dispensables mais souvent marquantes - à accomplir au bon vouloir du joueur, qui décidera de lui-même de visiter les baraques environnantes entre deux objectifs principaux. Mais c’est surtout grâce au travail effectué sur la progression que cet épisode se démarque, en accentuant plus que jamais le décalage entre les grosses séquences de « donjon » et les purs moments d’exploration.

Gameplay #2 : compilation maison sur PS3
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En marge des tubes ludico-narratifs qui entament et ponctuent l’aventure, le jeu trouve un équilibre parfait entre la quête de sens et la quête matérielle, entre la fuite en avant du héros et son besoin de se raccrocher à une réalité, de poser le jeu pour réfléchir. La première force de Silent Hill (la série) a toujours été Silent Hill (la ville), et Downpour ne fait pas exception à la règle. La cité a toujours le dessus, sur le joueur comme sur le personnage principal : un nouveau pan urbain est ainsi systématiquement découvert dès que le précédent semble apprivoisé, offrant un irrémédiable retour à la case départ à qui pensait enfin dompter l’espace.

Quand on arrive en ville...Retour au sommaire
Silent Hill : Downpour
L’une des prouesses du jeu est de réussir à retranscrire ce dénuement total de repère, propre aux environnements vastes, jusque dans des lieux confinés, qu’ils soient gigantesques comme la bibliothèque ou plus modestes comme l’orphelinat. Ce génie tient déjà à l’ambiance, ciselée et étouffante, mais aussi à quelques choix judicieux de gameplay. Repris à Shattered Memories, le système d’ouverture progressive de porte est adapté, tout comme la présence permanente d’armes de fortune, destructibles et plus ou moins efficaces, pour se débarrasser des ennemis ou interagir avec le décor. Downpour brouille les pistes en offrant au joueur de multiples possibilités d’interaction, lui donnant l’illusoire impression de pouvoir utiliser la ville pour combattre la ville.

Silent Hill : Downpour
Autant dire que le jeu vire tout simplement au cauchemar lorsque le monde s’altère : les perspectives deviennent fuyantes, les lieux se meuvent et s’articulent de manière complètement illogique, les pans de murs tombent tels des décors de cinéma et les sols se dérobent sous nos pieds pour nous rapprocher toujours un peu plus des enfers. La chute, la fuite (elle aussi reprise de Shattered Memories) et l’eau sont d’ailleurs, pour différentes raisons, les thématiques principales du jeu, qui cette fois encore multiplie les symboliques. La petite enfance est ainsi touchée du doigt à de nombreuses reprises, comme lorsque l'on demande à Murphy d'apprendre par cœur une comptine pour chasser le croque-mitaine ou qu'il doit reproduire une représentation théâtrale enfantine.

Silent Hill : Downpour
Silent Hill : Downpour
Silent Hill : Downpour
Intérieurs ou extérieurs, les environnements ont un charisme indéniable


Downpour empile les séquences cultes sans jamais éventer la formule ou forcer le trait, chaque moment choc étant l’aboutissement logique des dizaines de minutes d’exploration qui le précèdent. Certaines idées fonctionnent moins bien que d'autres, évidemment, mais aucune ne tombe jamais à plat. L'ambiance est en effet le ciment qui lie tous les éléments du jeu, empêchant les ralentissements permanents, les combats d'une rigidité affolante ou les innombrables bugs d'entamer la motivation du joueur à voir le bout du tunnel.

« Downpour multiplie les clins d'œil et références »Retour au sommaire
Silent Hill : Downpour
La construction et la déconstruction exemplaires des décors s'appuient sur un sound design majestueux qui met parfaitement en relief le sentiment d'insécurité, physique et mentale, qui transpire de toutes les facettes du gameplay. On craignait que la série ne souffre trop du départ d'Akira Yamaoka pour la bande-son, nous voilà rassurés : Daniel Licht a eu l'intelligence de mélanger ses propres influences aux tonalités typiques de la série et si la bande originale est un peu moins organico-métallique qu'auparavant, elle multiplie les mélodies et les rythmes lancinants avec justesse. Les bruitages ne sont pas en reste, et malgré l'absence inexcusable de spatialisation précise du son (en 5.1 par exemple), nos oreilles nous propulsent irrémédiablement au plein cœur de l'action.

Silent Hill : Downpour
Silent Hill Downpour renoue avec la peur irrépressible des deux premiers volets de la série. Vatra Games varie habilement les points de vue, rendant par la même hommage à Resident Evil ou encore Forbidden Siren par certains cadrages. La synergie du son et de l'image fait le reste : Murphy Pendleton est trainé d'extérieurs dangereux (surtout lorsqu'il pleut) en intérieurs hostiles, remplis de visions d'horreurs comme de reliquats de vies passées. Le jour ne vient qu'à de très rares moments transpercer le brouillard pesant qui leste ses pas. Autant dire que la lampe torche, dont la version ultra-violet révèle bien des indices, sera votre plus précieuse alliée tout au long de ces dix heures de jeu.

Silent Hill : Downpour
Sûr de sa force, Downpour multiplie les clins d'œil et références à la série comme au genre dans lequel elle s'inscrit. L'antagoniste est ainsi une sorte de Pyramid Head grimé façon Deadly Premonition, le nombre de renvois aux précédents volets de la série de Konami étant d'ailleurs incalculable. L'appartement de Silent Hill 4, les tableaux illustrant des personnages ou lieux déjà vus auparavant, la chaise roulante croisée un peu partout... Vatra Games aime Silent Hill, et cela se sent à tous les niveaux. Malheureusement, cet attachement à l'héritage historique de Silent Hill atteint même ses recoins les moins glorieux.

Une merveille mal finieRetour au sommaire
Silent Hill : Downpour
Les gros défauts du jeu ne touchent ainsi quasiment qu'à la réalisation. D'une part, Downpour n'est jamais fluide, ce qui est quand même bien gênant. Il est d'autre part sclérosé par de nombreux bugs, d'affichage ou de collision, qui lui donnent un aspect old-gen décevant compte tenu du retard pris par le développement. Sans être complètement raté techniquement, puisque la gestion dynamique des éclairages et la direction artistique inspirée (entre Lovecraft et Stephen King, période Désolation) le sauvent du naufrage, Downpour fait quand même un peu peine à voir par moment, surtout lorsque les textures mettent cinq bonnes secondes à se plaquer sur les modèles 3D.

Silent Hill : Downpour
Les combats sont binaires (parade ou attaque), et même s'ils apportent une dose de stress supplémentaire dans les petits environnements, ils témoignent d'un développement terminé à la va-vite. Les ennemis peuvent certes être évités la plupart du temps ; on ne peut néanmoins s'empêcher de regretter le manque de souplesse de la maniabilité lors de ces rencontres. Nettement plus réussis sont nos face à face pacifiques avec les divers personnages secondaires, parfois ponctués d'un choix moral qui jouera sur l'obtention d'une des six fins.

Les dialogues et les doublages sonnent juste, ces messagers éphémères assumant pleinement leur rôle d'apparition flottante autour de Murphy Pendleton. Le périple du héros sera ainsi aiguillé par une galerie de protagonistes d'une profondeur impressionnante malgré leur peu de temps de présence. Encore une marque de fabrique parfaitement assimilée par les développeurs tchèques, qui sont également revenus aux racines de la série concernant les énigmes, dont la difficulté est choisie en début de partie. Les puzzles font appel à votre observation, votre culture générale (une émeraude est vert, par exemple) ou votre bon sens, sans jamais vous prendre pour un demeuré ou pour Einstein. L'équilibre trouvé est donc parfait.

Vision respectueuse mais moderniste de la licence de Konami, Silent Hill Downpour est un excellent Survival Horror. En renouant avec l'ambiance si particulière des premiers volets de la série, Vatra Games touche juste, et prouve également qu'il est possible de conjuguer monde ouvert interactif et structure narrative poussée. Le chef d'œuvre aurait été total si la réalisation avait bénéficié d'un peu plus de soin, mais qu'importe. Silent Hill Downpour mérite l'attention de tous les amateurs du genre, ne serait-ce que par la majesté de ses décors, la finesse de sa progression, la folie de ses nombreuses séquences chocs et le charisme de ses personnages. Silent Hill a enfin trouvé son développeur occidental de référence.

Jeu testé uniquement sur Playstation 3, en version finale

le 30/03/2012 à 08:03, Maxence
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